3 janvier 2014, 19:21.
Le grand jour est enfin arrivé, la petite puce qui poussait dans mon ventre depuis plus de neuf mois s'est enfin résignée à sortir malgré le grand froid! Quelle cocotte! Quelle aventure!
Vendredi, à 14:00, j'avais un rendez-vous à l'hôpital pour me faire poser un ballonnet. C'est un petit ballon qui est sensé aider à la dilatation du col. Comme l'induction était prévue pour le lendemain matin, le tout serait plus facile pour moi et pour le bébé avec un col plus ouvert. La très gentille docteur nous a bien avertie: le ballonnet cause des crampes et parfois de petites contractions, c'est normal et ça passe la plupart du temps!
Nous sommes donc revenus à la maison vers 16:30. J'avais effectivement mal au ventre, mais on nous avait prévenus!
J'appelle mes parents vers 17:10 pour leur jaser un peu, mais, vers 17:20, je raccroche en leur disant que je les rappellerai, j'ai un peu mal au ventre. Finalement, "un peu mal au ventre" devient en quelques minutes les pires crampes de toute ma vie. Je ne le savais pas à ce moment là, mais c'était officiellement le début de mes contractions.
J'ai mal. J'ai mal. J'ai mal. J'ai MAL! Jamais de ma vie je n'ai senti une telle douleur. C'est absolument terrible. Je suis en boule sur notre lit, je crie, je pleure, je ne sais pas quoi faire de mon corps. Habituellement, les contractions commence graduellement. Il y en a une au 20 minutes, puis aux 15 minutes, puis aux 10, puis au 5... Mais ça n'a pas voulu suivre la norme, ça a décidé de commencer d'un coup. J'avais une contraction à chaque minute. Ça n'arrête pas!
"On m'avait dit que j'aurais droit à des pauses! Je n'ai pas de pause!!"
Jérémie appelle au centre des naissances et leur explique la situation. La norme, c'est d'attendre d'avoir eu des contractions au moins à chaque 5 minutes pendant un minimum de 2:00. Il nous suggère donc d'attendre encore à la maison avant de venir à l'hôpital.
L'infirmière nous suggère un bain chaud pour calmer la douleur. Jérémie me fait donc couler un bain. Ça aide, mais j'ai toujours des contractions aussi rapprochées. Ça fait tellement mal, je n'ai jamais pensé éprouver une telle douleur, jamais. Comme ça ne fait que 25 minutes que le travail est commencé, je crois en être qu'au début, là où c'est sensé faire pas trop mal. Je me dis que la vraie job va commencer dans quelques heures et que ce sera pire encore.
"Je ne serai pas capable Jérémie, je pourrai jamais! Je peux pas me rendre à l'hôpital! Je suis pas capable"
Je répète ça sans cesse. Je répète en alternant avec: "il est quelle heure là?". Je n'attends que 7:30 pour avoir le ok pour me rendre à l'hôpital. Jérémie brise mes espoirs à chaque question, le temps passe tellement lentement quand on a mal.
Je sors du bain et retourne sur le lit. Je me contorsionne de douleur. Je crève mes eaux.
Je retourne dans le bain. Je ne peux pas empêcher de pousser. Dans les cours prénataux, ils nous disent de ne pas perdre d'énergie à pousser au début du travail, ça ne sert à rien et on fait juste perdre l'énergie dont on aura besoin pour le vrai moment de pousser. Mais j'ai tellement mal, je ne peux pas fait autrement.
J'ai mal.
J'ai mal et je sens quelque chose entre mes jambes. Je me demande ce que c'est. C'est impossible que ça soit le bébé. J'ai commencé mes contractions il y a 1:45. Impossible.
"Jérémie, regarde entre mes jambes. Je sens quelque chose"
Il se penche, regarde.
"Shit."
911.
Moi, je capote, j'ai mal comme jamais, mais j'ai tellement confiance en Jérémie. Il va s'occuper de moi. Il va s'occuper de notre fille. Tout va bon aller. Je ne me rendrai pas à l'hôpital et c'est correct. J'entends la téléphoniste parler à Jérémie, mais je ne sais pas trop ce qu'elle dit. Je me concentre sur mon bébé, sur mon ventre qui se contracte. Je pousse. J'ai mal. J'ai l'impression que mon ventre se déchire en mille morceaux et que je vais éclater de douleur, mais au moins je sais que la fin est proche. J'aurai bientôt mon bébé dans mes bras.
Je pousse trois fois. La tête est sortie, attrapée par Jérémie. Je pousse une autre fois, le corps suit.
Elle est là. Elle bouge. Elle est bleutée, mais ça va. Elle respire.
Je ris, je tremble. Je n'en reviens pas. De tous les scénarios, je n'avais jamais envisagé celui d'accoucher dans mon bain avec Jérémie comme sage-femme.
À peu près 2 minutes plus tard, les ambulanciers sont arrivés. Ils ont pris les signes vitaux du bébé, tout était beau. Ils se sont assurés que j'allais bien, ça va. Jérémie a été pris en charge aussi, il tient le coup. Des gens me prennent et me transportent à l'ambulance. Direction hôpital St-Luc pour maman et bébé! Jérémie nous rejoins là-bas.
On est retombé sur nos pattes. On va très bien tous les trois. On est heureux. C'est toute une histoire, mais la fin est très belle.
Daphné Sauriol-Filion est née le 3 janvier 2014 à 19:21. Elle est née à sa façon: de manière exceptionnelle.
Quelle histoire incroyable!!! Vous avez fait ça comme des pros, tous les 3! xxx
RépondreEffacer